Emmener des amis ne change pas grand-chose aux gestes du pilotage, un peu de masse en plus mis à part. Cela change en revanche beaucoup de choses au sol, parce que le pilote répond désormais de personnes qui ne connaissent rien à l’aviation et qui lui font entièrement confiance. Faire le tour de l’île en longeant la côte, se poser pour déjeuner sur un autre terrain, rentrer avant que les cumulus ne coiffent les reliefs : c’est souvent le vol qui donne son sens à la licence, et il se prépare bien avant la mise en route.
Ce vol reste-t-il un vol privé ?
Le titulaire d’une licence de pilote privé ne peut pas être payé pour emmener des passagers. Le partage des frais est admis, à condition que les coûts directs du vol (carburant, location de l’avion, redevances d’atterrissage) soient répartis entre tous les occupants, pilote compris. Si les amis règlent la totalité de l’heure de vol, ou s’ils « dédommagent » le pilote au-delà de sa part, on glisse vers un transport rémunéré que la licence n’autorise pas, avec des conséquences possibles sur l’assurance.
Suis-je en règle pour emporter quelqu’un ?
La licence et la qualification de classe doivent être valides, le certificat médical aussi. Pour transporter des passagers, la réglementation européenne exige en outre une expérience récente : au moins trois décollages et trois atterrissages dans les 90 jours précédents, sur un avion du même type ou de la même classe. Un pilote qui a peu volé pendant la saison des pluies peut se retrouver hors des clous sans s’en rendre compte. Quelques tours de piste en solo la veille règlent la question, et remettent la main en même temps.
Certains aéroclubs ajoutent leurs propres exigences, un nombre minimal d’heures de vol par exemple, avant d’autoriser l’emport de passagers. Le règlement intérieur le précise.
Que couvre l’assurance de l’avion, et que ne couvre-t-elle pas ?
Un avion de club ou de location est assuré, mais les garanties varient d’un contrat à l’autre. Ce qui compte ici, c’est la couverture des personnes transportées : pour quels montants, à quelles conditions, avec quelles exclusions. Un contrat peut écarter sa garantie si le pilote n’était pas en règle au moment du vol, qu’il s’agisse d’une licence ou d’une visite médicale expirée, ou d’une expérience récente insuffisante.
Les passagers ont aussi intérêt à regarder leurs propres contrats. Certaines garanties individuelles accident ou certains contrats de prévoyance excluent l’aviation légère, ou les vols à bord d’appareils qui ne sont pas exploités par une compagnie. Mieux vaut le savoir avant de monter à bord.
Qui répond de quoi si quelque chose tourne mal ?
Le commandant de bord est responsable de la conduite du vol et de la sécurité des personnes à bord. Que les passagers aient payé leur part ou non, la gratuité ne fait pas disparaître sa responsabilité : en cas d’accident, les blessés ou leurs proches peuvent demander réparation devant le juge civil, et des poursuites pénales pour blessures ou homicide involontaires sont possibles si une faute est reprochée. Les amis d’hier se retrouvent alors, sur le papier, dans des camps opposés, et ce sont souvent les assureurs qui mènent la discussion.
Pour comprendre comment ces procédures s’articulent, on peut lire cette page consacrée au droit aérien, publiée par un cabinet d’avocats parisien qui défend des pilotes, des passagers et des familles de victimes, aussi bien dans les procédures civiles d’indemnisation que devant le tribunal correctionnel. Pour une situation précise, seul un avocat qui a le dossier en main peut dire ce qu’il en est.
L’avion peut-il faire ce vol, chargé comme il le sera ?
Trois adultes, des sacs, les pleins : sur un quadriplace d’aéroclub, le devis de masse et centrage n’est pas une formalité, et il oblige parfois à réduire le carburant emporté ou les bagages. La chaleur aggrave les choses. Par forte température, l’air moins dense allonge la distance de décollage et réduit le taux de montée, ce qui compte sur une piste courte bordée d’arbres ou de relief. Pour un vol qui longe la côte, prévoyez un gilet de sauvetage par personne, et une route qui vous laisse une plage ou un terrain à portée de plané aussi longtemps que possible.
Mes passagers savent-ils quoi faire ?
Un passager qui n’a jamais volé ignore comment s’ouvrent la porte ou la verrière, comment se détache son harnais, pourquoi il ne faut pas poser les pieds sur le palonnier ni parler pendant la mise en route ou l’approche. Le briefing avant le vol prend cinq minutes : ceintures et harnais, ouverture des portes, conduite à tenir en cas d’atterrissage d’urgence, sac en cas de mal de l’air. Dites aussi clairement que le vol peut être annulé ou écourté si la météo se dégrade, et que cette décision ne se discute pas en l’air.
Dernier conseil, le plus utile peut-être : fixez-vous avant de partir les conditions dans lesquelles vous ferez demi-tour (plafond, visibilité, vent). Une limite décidée au sol, à froid, est bien plus facile à respecter que celle qu’il faudrait fixer en vol, devant deux amis qui espèrent encore voir la côte.
